Traçabilité sociale

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Une « traçabilité sociale » pour développer le travail décent Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
07-10-2009

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ercredi 7 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale du travail décent, la CFTC propose de créer un comité pour valoriser, par un label, les produits et services élaborés dans le respect des normes internationales du travail.

La CFTC planche depuis plusieurs mois sur l’élaboration d’un label « Traçabilité sociale », garantissant que des produits et services ont été produits dans le respect des droits fondamentaux des salariés. Le slogan d’une future campagne du syndicat chrétien pour sensibiliser et aiguiller les consommateurs à la veille de Noël pourrait être : « Le bonheur de mes enfants ne doit pas faire le malheur d’autres enfants. »

« L’idée est d’informer le consommateur, par exemple par une pastille bleue, afin qu’il sache si le produit qu’il achète respecte les normes fondamentales de l’Organisation internationale du travail. La plupart des États ont signé ces conventions – contre le travail des enfants, pour des salaires décents, la liberté syndicale –, mais le commerce international ne les oblige pas à les respecter », explique Joseph Thouvenel, secrétaire général adjoint de la CFTC.

Une longue aventure

Concevoir un label est une longue aventure, qui coûte cher et nécessite des compétences diverses. L’idée n’est donc pas d’y aller seul, mais de fédérer les bonnes volontés. « Un comité réunissant des syndicalistes, chefs d’entreprise, associatifs paraît le plus à même de réaliser un cahier des charges précis et de décerner ou de retirer le label », détaille la plaquette, intitulée La traçabilité sociale, un outil pour une mondialisation humaine, qui est distribuée à 32 000 exemplaires, à l’occasion de la Journée mondiale du travail décent, organisée aujourd’hui à l’initiative de la Confédération syndicale internationale (CSI).

« Des syndicats, en Espagne, Hongrie, Roumanie et Bulgarie, sont prêts à s’associer. Quelques élus nous encouragent. Et nous allons contacter des associations et ONG, assure Joseph Thouvenel. Après, il nous faudra trouver une poignée d’entreprises pionnières. Cela créera une émulation. Les produits qui n’auront pas de label seront suspectés de ne pas respecter les droits fondamentaux des salariés. » L’idée est de cibler, dans un premier temps, le secteur du jouet pour ensuite s’attaquer à des « objets plus sophistiqués, voitures compris ». « L’autre but est que cette traçabilité soit à la fois sociale et environnementale », renchérit Jacques Voisin, président de la CFTC.

Le collectif français Éthique sur l’étiquette, dont font partie la CFDT et la CGT Consom’action, ainsi que de nombreuses associations (CCFD, Peuples solidaires, Oxfam, etc.), avait déjà voulu lancer un « label social » au début des années 2000. Artisans du monde, également membre du collectif, est allé jusqu’à mettre en place, au niveau de sa centrale d’achat Solidarmonde, un système d’agrément, permettant de faire remonter aux consommateurs des informations sociales sur le mode de production de certains produits, « avec des gens sur place chargés de les vérifier », insiste un permanent du réseau de commerce équitable.

Des contrôles indépendants

La crédibilité d’un label suppose en effet que des contrôles indépendants puissent vérifier l’effectivité du respect des engagements des entreprises. « Faute de législation internationale contraignante ou de corps mondial d’inspecteurs du travail, il n’y a pas de véritables moyens de le vérifier, déplore Fanny Gallois, de Peuples solidaires. Sous la pression des ONG, beaucoup d’entreprises ont établi des codes de bonne conduite et font réaliser des audits. Mais, dans 90 % des cas, ils sont inefficaces. Disney en a réalisé des milliers en Chine. Il s’est avéré que les gens étaient formés à l’avance pour bien répondre aux questions de l’auditeur. Beaucoup se servent de ces outils pour afficher une image vertueuse. »

La montée de la « responsabilité sociale des entreprises » au niveau international ouvre cependant des perspectives d’évolution. « Le principal problème demeure les pratiques d’achat, c’est-à-dire la façon dont les entreprises passent des contrats avec leurs fournisseurs pour avoir les prix les plus bas, sans se soucier des conditions de travail », dit Fanny Gallois. Elle estime que l’initiative de la CFTC « est une bonne chose. Un label ne peut fonctionner que s’il s’agit d’une initiative multipartite avec des représentants de la société civile, des syndicats, des entreprises, des autorités publiques. »

En Belgique, également, une Coalition pour le travail décent estime qu’un salaire minimum vital doit permettre au travailleur de couvrir les besoins essentiels de sa famille : l’alimentation, le logement, l’habillement, la garde des enfants, l’éducation, la santé, le transport et l’énergie. La coalition belge constate que les rémunérations habituellement pratiquées dans l’industrie de la confection textile ne permettent pas aux travailleurs de nourrir ni de loger décemment leurs familles. Aujourd’hui, une coalition d’organisations de défense des droits des travailleurs a créé l’Asia Floor Wage (le salaire de base asiatique), une manière simple de calculer un salaire décent, sur une base identique pour tous les travailleurs de l’habillement en Asie.

Aude Carasco - Article paru dans La Croix du 06.10.2009






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