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28-08-2006
Un article de Libé paru ce jour sur le géant Wall-Mart, illustrant, à merveille les petits arrangements entre ulta-libéralisme et communisme et la nécessité d'un syndicalisme libre et indépendant. 

 

En apparence, c'est une révolution pour la chaîne américaine de supermarchés Wal-Mart. L'un de ses 60 magasins en Chine, celui de Shenyang, a accepté, le 12 août, l'ouverture d'une cellule du Parti communiste chinois (PCC). L'annonce a été faite la semaine dernière par les médias officiels, qui avaient déjà trompeté l'installation, en juillet, d'une cellule syndicale dans un autre centre commercial du groupe. Depuis lors, seize autres Wal-Mart accueillent des membres de la Fédération chinoise des syndicats (FCS). Or, aux Etats-Unis, Wal-Mart fait figure d'archétype de l'entreprise capitaliste antisyndicale. Le leader mondial de la vente de détail est accusé de sous-payer son 1,3 million d'employés américains et de leur offrir une couverture sociale succincte, voire inexistante. Aucun de ses magasins n'accepte d'employés syndiqués et l'entreprise a, au moins une fois, choisi de fermer un centre commercial plutôt que d'y tolérer la présence d'un syndicat. Sa ligne antisociale est si exécrable que le Parti démocrate américain a décidé, ce mois-ci, de cibler Wal-Mart en vue de la présidentielle de 2008.
Comment est-il alors possible qu'en Chine l'entreprise ait accepté, semble-t-il contre ses principes, l'entrée de travailleurs syndiqués et même de cellules du PCC ? Dans ce pays, la liberté syndicale est bannie et de nombreux militants pour l'indépendance syndicale sont emprisonnés. Seules les associations membres de la FCS sont tolérées. Celle-ci est placée sous l'autorité du Parti communiste, au pouvoir. Leur fonction réelle dans l'entreprise ne consiste pas à défendre les intérêts des travailleurs, mais à les contrôler et à empêcher grèves ou mouvements sociaux. Selon un récent sondage, seulement 1,5 % des Chinois pensent que les syndicats officiels défendent les lois du travail...
Le pouvoir chinois s'inquiète de la multiplication des mouvements sociaux (87 000 en 2005, selon les chiffres officiels) et cherche à tuer dans l'oeuf tout risque d'instabilité, en mettant en oeuvre une stratégie dont le nom de code est «société harmonieuse». Les syndicats officiels en sont l'un des outils. En mai, le président chinois et numéro 1 du parti, Hu Jintao, a ainsi enjoint à la FCS de pénétrer davantage les multinationales, et Wal-Mart en particulier, sans doute en raison des risques accrus de mécontentement et pour faire de Wal-Mart un exemple. Seulement 26 % des 150 000 entreprises étrangères ont des cellules syndicales, selon les chiffres officiels, et Pékin souhaite voir ce taux passer à 60 %. Le directeur de Wal-Mart en Asie, Joe Hatfield, à l'issue de pourparlers de haut niveau tenus le 9 août avec la FCS, a immédiatement compris que, paradoxalement, la présence d'agents syndicaux du parti au sein de ses magasins réduirait le risque de revendications sociales.
Promettant d' «aider» à l'établissement de syndicats dans tous ses magasins, il a expliqué, en répétant le slogan officiel, que sa décision est «conforme aux efforts du gouvernement de bâtir une société harmonieuse». Les cellules du PCC au sein de l'entreprise Wal-Mart serviront, elles aussi, essentiellement à mettre un couvercle sur les revendications.
 Philippe GRANGEREAU "Libération" 28 août 2006   





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