La chronique de J. THOUVENEL du 20/04/2010 sur Radio Notre Dame (100.7) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
26-04-2010

Lire la chronique, c'est bien ! L'écouter, c'est encore mieux !

 

naissance du catholicisme social

On me posait récemment la question, Mais comment est né le catholicisme social ? D’une nécessité répondis-je.  Si cela est sans doute exact, la réponse était un peu courte.

En fait la révolution française ayant amené au pouvoir la bourgeoisie marchande et industrielle, celle-ci pour asseoir sa domination fit voter le 14 mars 1791 la loi Le Chapelier qui interdit toute association, corporation ou coalition de gens du même métier. Du coup les travailleurs se trouvent totalement démunis pour se défendre, au moment même où le libéralisme s’affirme, et où l’on assiste au développement sans freins de l’industrialisation. La révolution industrielle s’accompagne d’un exode rural sans précédent et d’une immense misère au sein des couches laborieuses.

 Les moyens d’ébergement étant quasi inexistants les ouvriers sont contraints de faire soit de long trajets quotidiens à pieds, soit à partager des pièces insalubres dans la plus grande promiscuité. Les conditions de travail sont déplorables et les salaires ne permettent même pas aux familles de se nourrir et de se vêtir convenablement. Les fabriques n’hésitent pas à employer jusqu’à 11 heures par jour des enfants de 8 à 12 ans, au mépris de la loi votée à l’initiative d’Albert DE MUN qui d’ailleurs ne limite qu’à huit heures le travail de ces enfants.

 

 Dans un siècle de syndicalisme chrétien en Alsace Moselle  André VIERLING cite le célèbre rapport du docteur Louis VILLERMÉ exposant la situation mulhousienne vers 1835 : ils s’entassent dans des chambres ou petites pièces malsaines, j’ai vu à Mulhouse et dans des maisons voisines de ces misérables logements où deux familles couchaient chacun dans un coin sur de la paille jetée sur le carreau et retenue par deux planches, les fenêtres toujours clauses, sont garnies de papier de verre mais si noir, si enfumé que la lumière n’y saurait pénétrer, et le dirons nous il y a certain propriétaires qui font clouer les croisées pour qu’on ne casse pas les vitres en les ouvrant ou les fermant .

Il fait également référence à un rapport de la municipalité de Mulhouse, dans lequel on peut lire : « l’industrie dans laquelle ils vivent attirent des maux  qui rendent leur misère affreuse, intolérable, meurtrière. Leur pauvreté devient fatale par l’état d’abandon et de démoralisation qu’elle produit". Il note : "dans ces conditions de vie comment s’étonner des maux endémiques, alcoolisme, tuberculose, rachitisme, sans compter la dislocation des familles qui frappe ceux que Karl MARX qualifie du terme méprisant de « lumpenprolétariat » littéralement prolétariat en haillons ou plus politiquement, sous prolétariat".

Face à cette situation dramatique et à l’urgence de la question sociale des penseurs et des hommes d’action influencés soit par des idées socialistes inspirées de doctrines matérialistes, soit par la tradition sociale chrétienne, réagirent parallèlement. Du fait d’une certaine lecture de l’histoire, on connaît souvent mieux les noms de SAINT SIMON et de PROUDHON que ceux de LAMMENAIS ou de VILLENEUVE BARGEMONT, deux des figures sociales chrétiennes qui furent à la pointe du combat pour plus de justice au XIXe s. Vint ensuite la magnifique encyclique Laborem exercens. Mais ça, c’est une histoire pour la semaine prochaine.





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