Chronique de J. THOUVENEL du 30.11.2010 sur Radio Notre Dame (100.7) Lire la chronique, c'est bien ! L'écouter, c'est encore mieux !
Aujourd’hui, je tiens à rendre un hommage prononcé aux phares de la pensée que sont nombre d’experts, spécialistes et autres conseillers officiels.
Du moins les vrais, les reconnus, les invités habituels des grands médias, les qui s’expriment dans les cercles reconnus où se font et se défont des carrières.
Je ne prendrai qu’un exemple pour traiter du jugement éclairé de ces maîtres en pensée politiquement correcte.
Celui de « ce symbole de réussite de la mondialisation », ce « miracle économique », ce pays « devenu un des pays les plus riches de l’Union Européenne » « les statistiques l’attestent ! », comme nous le dit le rapport d’information n° 204 de 2007 fait au nom de la Commission des Affaires économiques du Sénat suite à une mission sur place.
Deuxième pays de l’Union Européenne en termes de pouvoir d’achat. Une dette publique, « une des plus faibles d’Europe » écrit en gros et en gras dans le rapport susmentionné.
Et quand nos hommes de l’art se penchent sur les cause de cette insolente réussite, ils identifient sans coup férir « le cadre vertueux qui a fonctionné de façon spectaculaire ». Cercle vertueux reposant sur l’attraction et la compétitivité avec la mise en place d’un environnement fiscal et administratif favorable, avec un niveau très bas de prélèvement obligatoires. Des cotisations sociales près de deux fois plus faibles que la moyenne communautaire. Un impôt sur le revenu à 12,5 % contre une moyenne de 30 % pour l’Union Européenne. Ce pays évite toute « sur-réglementation » et a adopté une attitude favorable et confiante vis-à-vis des entreprises, pouvait-on lire dans la presse économique.
Autre point crucial de cette sucess story, comme le qualifiait un grand quotidien du soir, la flexibilité de la main d’œuvre !
Ce que n’a pas manqué de remarquer notre mission parlementaire qui en fait un encadré avec titre en gros dans son excellent et visionnaire rapport. On y apprend que
la durée du travail est de 48 h
la procédure de licenciement y est très souple
il n’existe pas de durée maximale de travail, ni de limite de renouvellement des contrats à durée déterminée
la modération salariale étant la règle.
Si vous êtes étudiant à Nantes, peut-être avez-vous l’insigne chance de suivre les cours de cet enseignant chercheur qui est allé au fond des choses.
Nous décrivant un territoire qui « après un long sommeil » « entrait dans la modernité ».
Long sommeil du à un « pays ultra conservateur sur le plan moral et culturel, sous le contrôle omniprésent d’un clergé catholique tout puissant ».
Heureusement tout a changé ! Les ultralibéraux ont imposé leur schéma, le salaire décent prôné par la doctrine sociale de l'Eglise – au rencart – le souci du bien commun – à la trappe ! L’équilibre entre libre entreprise et besoins de la collectivité – au rayon des accessoires !
Rayé de la carte, le rêve d’Eamon de Valera qui à l’occasion de la Saint-Patrick, définissait l’Irlande à construire comme « le foyer d’un peuple qui n’apprécierait la richesse matérielle que comme le fondement d’une vie juste ».
Et nous avons vu croître et embellir, sous les applaudissements de nos maîtres à penser, le tigre celtique qui, après avoir dévoré la doctrine sociale, est en train d’avaler nos économies.