La chronique de J. THOUVENEL du 4 mai 2010 sur Radio Notre DAME (100.7)
14-05-2010
Lire la chronique, c'est bien ! L'écouter, c'est encore mieux !
Histoire du syndicalisme d’inspiration chrétienne – suite.
J’ai décrit dans une précédente chronique, comment la tourmente révolutionnaire avait emporté dans un même élan, la monarchie et ses privilèges, les corporations et la protection du monde ouvrier.
S’inspirant des réflexions et de l’action des chrétiens sociaux du XIXème siècle, et de la longue tradition sociale chrétienne, le pape Léon XIII, publia en 1891, l’encyclique Rerum Novarum, ce qui signifie : « à propos des choses nouvelles ».
Le Pape désignait ainsi la condition particulièrement misérable des ouvriers, l’industrialisation et le progrès, les idées libérales, ainsi que le socialisme naissant.
Dans la présentation de l’encyclique, Léon XIII écrit : « Les rapports entre patrons et ouvriers se sont modifiés. La richesse a afflué entre les mains d’un petit nombre et la multitude a été laissée dans l’indigence ».
Il ajoutait : « Le problème n’est pas aisé à résoudre, ni exempt de péril. Il est difficile, en effet, de préciser avec justesse les droits et les devoirs qui règlent les relations des riches et des prolétaires, des capitalistes et des travailleurs. D’autre part, le problème n’est pas sans danger, parce que trop souvent d’habiles agitateurs cherchent à en dénaturer le sens et en profitent pour exciter les multitudes et formater les troubles ».
Parlant des ouvriers, Léon XIII ajoutait : « Ils sont pour la plupart dans une situation d’infortune et de misère immérités. Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les travailleurs isolés et sans défense se sont, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante et venue accroître encore le mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’église, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité. A tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires. »
Ces propos vieux de plus de 120 ans ne sont-ils pas encore d’une cruelle actualité pour beaucoup de nos contemporains ?
Rerum Novarum n’a pas fondé une idéologie figée et immuable. Elle est considérée comme le point de départ du discours social de l’église catholique contemporaine.
Elle donna une impulsion majeure dans la recherche du nécessaire équilibre entre le social et l’économie.
Elle favorisera l’émergence des premiers syndicats chrétiens, et de ce courant qui réunit des chefs d’entreprises comme Léon Harmel, des monarchistes comme Albert de Mun, des ouvrières comme Marie-Louise Rochebillard, ou des socialistes chrétiens comme Philippe Buchery afin de construire une cité où l’être humain est respecté dans toute sa plénitude et non le serviteur du veau d’Or.