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La CFTC : un syndicat efficace, d'écoute, de service et de valeurs
Texte adopté au Congrès de Dijon
Le syndicalisme français évolue, au travers des changements stratégiques des grandes confédérations et l’émergence de nouveaux syndicats " catégoriels ".
L’intégration économique et sociale européenne pose la question de ce que sera dans l’avenir le syndicalisme en Europe, et de la place qu’y occuperont les syndicats d’inspiration chrétienne.
Il s’agit là d’enjeux aussi importants pour l’avenir de la CFTC que ceux qu’elle a connus au lendemain de la Libération, lorsque la CGT lui proposait l’unité organique.
Qu’est-ce qu’une confédération dans une époque où l’on préfère ce qui est proche et immédiat ; une confédération française quand l’Europe s’impose, une confédération de travailleurs quand il y a tant de chômeurs, et une confédération d’inspiration sociale chrétienne dans une société laïcisée et pluriculturelle ?
La CFTC des années 2000 peut répondre efficacement à ces interrogations et prendre une place plus importante dans le paysage syndical français si elle sait être attentive aux transformations en cours, en étant fidèle aux valeurs qui justifient son existence, et en anticipant les événements.
Le syndicalisme est un puissant facteur de solidarité car il permet aux travailleurs de participer aux orientations économiques et sociales, par leur participation à la vie syndicale et par leurs représentants. L’enjeu n’est autre que celui d’un monde plus solidaire, un monde où chacun peut tenir pleinement sa place et y voir garantis les moyens de sa subsistance dans la dignité.
Notre syndicalisme doit répondre à chaque génération, aux nouveaux métiers et aux nouveaux modes de vie, pour représenter et défendre efficacement les salariés tels qu’ils vivent aujourd’hui, mais aussi leur famille, les personnes en recherche d’emploi ou les retraités.
Le syndicalisme moderne exige une organisation performante, géographique et professionnelle, pour protéger les travailleurs et leur famille, et leur offrir des services concrets.
L’éclatement des métiers, des statuts, des entreprises contribue au développement de syndicats autonomes catégoriels, corporatifs. Ces syndicats s’efforcent d’exprimer une solidarité de proximité. Faute d’être reliés les uns aux autres et de disposer d’une vue d’ensemble des problèmes du monde du travail, ces syndicats s’enferment trop souvent dans l’expression d’égoïsmes catégoriels.
La dimension confédérale, c’est à dire interprofessionnelle, de la CFTC permet tout à la fois la défense des intérêts de chaque catégorie qui la compose et la prise en compte du bien commun à l’ensemble du monde du travail.
Nos valeurs trouvent leur justification dans l’action. D’où l’orientation principale de la politique de développement de la CFTC : " promouvoir une culture de l’action et du rassemblement ", à tous les niveaux.
La CFTC développe sa propre action à partir de ses représentants dans les entreprises et de son réseau géographique et professionnel, en s’appuyant sur les moyens qui lui sont reconnus par les pouvoirs publics et les partenaires sociaux, au titre de ses responsabilités sociales.
La CFTC s’engage à partir de la vie syndicale de terrain, au service concret et au plus proche des travailleurs et de leur famille.
La CFTC doit se caractériser par sa capacité à associer pleinement les salariés à ses réflexions, ses décisions et ses actions. Le monde du travail est extrêmement varié. Notre organisation, nos méthodes d’action doivent répondre cette diversité. Que l’on soit salarié d’un artisan, d’une PME ou d’une multinationale, d’un monopole public ou d’une entreprise exposée à la concurrence mondiale, les militants doivent mettre en œuvre les formes d’action adaptées.
Les militants doivent aller vers les salariés, être proches de leur métier, attentifs à la situation des salariés de tous les secteurs, y compris ceux qui sont actuellement de vrais déserts au plan syndical, comme les PME ou l’artisanat.
La CFTC entend développer un syndicalisme de service. Les travailleurs expriment des besoins simples : être informés, consultés, défendus. C’est pourquoi les organisations CFTC développent des services concrets : publications régulières riches en informations professionnelles, réunions d’information, visite des sections syndicales, permanences d’accueil, de conseil et de défense juridique au plan social.
Les permanences doivent être ouvertes et accueillantes, et disposer des moyens modernes de communication pour offrir des services de proximité de
qualité (conseiller du salarié, défenseur prud’homal, conseillers sur les dossiers de plans sociaux, de retraite et préretraite, de logement, ou de protection sociale par exemple). Les organisations CFTC doivent faire preuve d’innovation dans cette offre de service, y compris à la dimension européenne.
Une organisation particulière est à mettre en place pour l’accueil des demandeurs d’emploi, autant que possible en relation ou partenariat avec les associations de solidarité.
La CFTC vise une nouvelle étape de son développement pour mettre en œuvre avec davantage de force et d’efficacité les objectifs qu’elle poursuit au service du monde du
travail. Ses plans de développement sont d’abord l’expression d’une volonté de servir.
La réforme profonde de l’organisation entreprise en 1991 a établi un esprit qui doit durer dans une démarche d’adaptation permanente. Il s’agit de quitter une vision statique et hiérarchique du syndicat, de mettre à sa place le syndicalisme de représentation, nécessaire mais dévoreur de temps, pour redéployer les moyens et les hommes vers les réalités de la vie du travail.
La CFTC s’applique à elle-même le principe de subsidiarité qui permet aux équipes de terrain et aux organisations affiliées d’ajuster leur action au plus près des problèmes, sans attendre que la solution vienne de l’échelon supérieur.
Elle veut rassembler ses équipes sur un projet partagé, prenant en compte les apports de chacun pour qu’il puisse donner le meilleur de lui-même.
L’unité et le bon fonctionnement du mouvement reposant sur un respect rigoureux de la lettre et de l’esprit des statuts. Dans ce cadre, les positions et, orientations qu’adoptent, aux divers échelons, les organismes dirigeants doivent être conformes à la volonté de l’ensemble ou au moins de la majorité des adhérents, clairement consultés et dûment informés.
L’esprit de la réforme, c’est l’esprit de service désintéressé, qui est volonté de gagner ensemble, dans un esprit d’équipe où l’on additionne les richesses de chacun, et qui se manifeste par les diverses règles destinées à faciliter la vie des équipes, leur renouvellement et leur enrichissement.
L’esprit de la réforme, c’est aussi la simplification de l’administration syndicale, de l’adhésion, aux cotisations et aux fichiers, pour un meilleur service aux adhérents.
L’esprit de la réforme, c’est l’ambition du développement, par la mobilisation de tous. Comme l’a affirmé le congrès de 1996, toute action CFTC doit donc prendre en compte la nécessité du développement. Cette mobilisation concerne les réseaux géographiques, UR, UD et UL, et professionnels, dans un maillage solidaire. L’Union départementale est centrale parce qu’elle est le pivot stratégique du service aux adhérents. Les Unions locales sont les lieux d’animation solidaire des équipes de base. Les Unions régionales donnent de l’envergure et de la continuité à cette action, par la mise en œuvre des plans régionaux de développement et de formation, des pôles juridiques, la professionnalisation du travail syndical.
L’ambition du développement passe aussi par l’action syndicale concentrée autour de quelques thèmes et propositions " phares " pour le grand public.
Le développement passe par une meilleure ouverture aux jeunes, car l’avenir est là. Il faut multiplier les liens entre les jeunes travailleurs CFTC et d’autres jeunes, étudiants, en particulier.
La CFTC fait appel à leur générosité et à leur faculté d’enthousiasme pour les grandes causes, en vue de susciter parmi eux de nombreux militants du syndicalisme. Les mutations en cours sont des appels à construire lancés aux jeunes. Ceux-ci doivent avoir à cœur d’incarner des solutions innovantes, ancrées dans l’identité CFTC et dans leur environnement. Nous sommes convaincus de pouvoir offrir aux jeunes des perspectives d’engagement pour construire un monde où chacun pourra trouver sa route et son épanouissement, selon la charte que les jeunes CFTC se sont donnés en mai 1999 : promoteurs du progrès social, porteurs d’espérance par les propositions et la solidarité.
Il en est de même pour les femmes, nombreuses à adhérer mais généralement moins présentes dans les instances et les représentations syndicales. Ce handicap dommageable à l’efficacité syndicale doit être corrigé. Chaque organisation doit mettre en œuvre les moyens appropriés pour que les femmes accèdent aussi bien que les hommes aux principales responsabilités et prennent toute leur place dans la CFTC.
La CFTC se donne à destination de l’ensemble de ses militants une charte pour l’action, qui définit les règles et objectifs correspondant à la culture de l’action et du rassemblement, conformément aux principes sociaux chrétiens qui justifient l’existence de la CFTC.
Cette charte contient les engagements réciproques entre la CFTC et ses militants, comme un contrat d’objectif. Elle fixe en particulier les conditions de l’exercice des représentations, car nul n’est propriétaire des mandats qu’il reçoit de son organisation.
Elle inscrit l’engagement syndical dans le parcours professionnel, de façon à ce que le militant puisse conserver le choix d’évoluer sur le plan professionnel.
Au-delà de l’implication fondamentale dans la profession, elle rappelle la nécessité de l’implication dans la solidarité interprofessionnelle, notamment à l’occasion des actions prioritaires engagées par les UD, UR et la confédération.
L’information rapide est le nerf de l’action
syndicale à tous les échelons. Elle doit être directe, précise, fiable. La réussite de la stratégie médias repose sur la vitalité de la communication interne et dans la bonne articulation de celle-ci avec la communication externe à tous les niveaux.
Cela suppose un travail d’équipe, en confiance, sur un projet partagé.
Chaque organisation, chaque militant contribue à l’image de la CFTC. Image de sérieux et d’indépendance, de service, de proximité, de défense des personnes et des familles, mais aussi de travail d’équipes où l’on se sent bien. Image constructive d’artisans de la justice et de la paix sociale, conforme à nos valeurs et respectueuse de la vérité.
Une image nette, moderne, attractive, jusque dans les plus grands médias, exige l’anticipation, la démultiplication et la répétition des messages, dans la diversité des expressions, bref une mobilisation de tous les instants de tous les responsables.
La qualité " professionnelle " du militant de terrain fait l’essentiel de l’efficacité syndicale, d’où la nécessité de l’effort de formation, personnel et en équipe, pour la progression des compétences et du service rendu.
L’offre de formation CFTC, sous l’égide du conseil confédéral, est mise en œuvre par l’institut syndical de formation (auquel l’Institut de formation des conseillers prud’hommes est relié). Elle constitue un parcours complet de formation, comme une école de syndicalisme, qui permet la formation syndicale permanente pour les responsables, les permanents, et tous les militants qui le souhaitent.
Sa mission est de permettre l’acquisition des compétences nécessaires à l’exercice des responsabilités syndicales et de développer la culture CFTC pour conforter notre identité.
La formation CFTC vise à implanter une culture de l’action et du rassemblement pour mettre en valeur les potentialités du mouvement et mieux harmoniser les objectifs et les actions. Elle le fait en permettant la compréhension du monde du travail et l’assimilation de la stratégie CFTC.
En particulier elle donne au syndicalisme toute sa dimension en dépassant les égoïsmes et les corporatismes pour une vraie solidarité interprofessionnelle entre les travailleurs.
La stratégie confédérale de formation vise à inciter chaque militant à l’effort de formation, à détecter les besoins au plus près des équipes et des structures, à concevoir des projets inscrits dans l’impératif du développement et à en évaluer les résultats (les formations de base de l’action syndicale, à la prise de parole, à la négociation et à la gestion des conflits, les formations techniques à l’hygiène et sécurité, conditions de travail, à la gestion des organismes paritaires, à la prud’homie et à la défense juridique).
C’est pourquoi elle doit se concrétiser par des plans de formation tridimensionnels :
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pour la gestion de la nouveauté et de l’urgence, par la réactivité (les formations sur l’ARTT en ont été l’illustration),
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le travail à moyen terme par l’anticipation des échéances et des évolutions (la préparation d’élections professionnelles),
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la continuité et l’enracinement par la culture CFTC et l’émergence de responsables (actualité, programme et stratégie, référence sociale chrétienne).
L’action de formation repose sur l’activité propre de l’ISF (formation des dirigeants, par exemple) et celle des Fédérations et des Unions régionales par convention avec l’ISF et sur la base de projets annuels ou mieux pluriannuels (pour développer de vrais cursus de formation).
Le bon fonctionnement de la formation nécessite une bonne articulation des structures géographiques et professionnelles, dans une complémentarité intelligente : sensibilisation du mouvement, objectifs de formation, rôle des responsables de formation, réseaux de formateurs et intervenants.
Pour prendre en compte la croissance du réseau de formateurs et démultiplier la capacité de formation de qualité, les responsables de formation assument une responsabilité croissante pour l’animation des formateurs et intervenants, en s’appuyant sur le concours de formateurs particulièrement expérimentés en relation directe avec l’ISF.
La CFTC pratique une stratégie d’alliance équilibrée et sans exclusive, sans négliger l’existence de syndicats autonomes. Cette stratégie se répercute et se détermine à chaque échelon de la vie syndicale, sans dériver vers un unanimisme vague.
Cette option s’applique également au niveau européen par exemple à travers la coordination des plans nationaux pour l’emploi.
Les salariés attendent des convictions claires, mais ils attendent aussi que les syndicats sachent agir ensemble quand l’essentiel est en cause. En ce sens, la coopération intersyndicale est souhaitable lorsqu’elle se fonde sur des objectifs réels et peut être réalisée avec une garantie totale de respect et de libre expression des diverses conceptions relatives à l’homme et à la société. L’affirmation de nos valeurs dans l’action est à l’opposé d’un isolationnisme et d’un repli identitaire.
La CFTC est prête, dans l’intérêt des travailleurs à organiser des actions ou même des structures communes, à but nettement déterminé, avec d’autres organisations syndicales, en vue d’augmenter les chances d’atteindre des objectifs essentiels. De telles décisions requièrent une analyse approfondie et stratégique.
De tels rassemblements doivent cependant éviter la prépondérance d’une organisation et, en toute hypothèse, sauvegarder l’autonomie de décision et préserver l’originalité fondamentale de notre mouvement, source essentielle du dévouement et du dynamisme de ses militants.
Au niveau européen, la CFTC est résolument et loyalement ancrée dans la CES, qui est ouverte à tous les courants syndicaux, dès lors qu’ils s’inscrivent dans la perspective européenne. La CES est une organisation en devenir, qui doit rester fidèle à la volonté des deux internationales qui l’ont fondée, la CMT et la CISL, de permettre à leurs organisations nationales affiliées d’œuvrer en harmonie pour construire Europe sociale. La CISL doit respecter les structures propres à la CMT. Pas davantage qu’au plan français, la CFTC ne saurait accepter l’hégémonie d’une organisation syndicale.
La CFTC se veut partenaire de démarches d’action sociale et humanitaire. Elle entend coopérer avec d’autres mouvements sociaux dont elle partage les objectifs. Lorsqu’il s’agit d’enjeux essentiels, elle s’estime en droit de s’exprimer sur des questions de société, sous réserve que la cohésion du mouvement soit assurée sur ces questions.
Le " pouvoir consommateur " devrait renforcer son poids sur les conséquences sociales des choix de consommation. C’est une des pistes qui intéresse l’Organisation générale des consommateurs, l’ORGECO, dont la CFTC est membre fondateur avec la CGC.
Les règles de représentativité syndicale ne sauraient se limiter à des résultats d’élection. En démocratie, le pluralisme s’appauvrit s’il ne résulte que d’une compétition d’audience. Il doit correspondre à l’expression des différentes cultures syndicales. C’est ainsi que le syndicalisme d’inspiration chrétienne doit être pleinement reconnu et respecté.
Il est toutefois nécessaire de connaître l’audience des confédérations syndicales les plus représentatives pour leur donner les moyens d’exercer les missions nationales d’intérêt général qui garantissent la cohésion sociale, et tout particulièrement pour faire respecter l’égalité des droits d’expression dans les principaux médias audiovisuels, qui pèsent lourdement sur l’opinion.
Les modalités et la finalité des élections prud’homales ou d’entreprise ne correspondent pas à cet objectif. La CFTC préconise l’organisation d’une élection sociale générale permettant de mesurer l’audience des confédérations les plus représentatives, après une campagne électorale équitable sur les grands médias.
Dans les branches, les entreprises et les établissements, le droit d’opposition aux accords collectifs doit être ajusté pour permettre à chaque organisation syndicale, signataire ou non de prendre ses responsabilités.
En revanche, toute remise en cause de la représentativité des cinq centrales reconnues au niveau national doit être combattue. Elle irait dans le sens d’un syndicalisme officiel, contraire à la démocratie sociale. Elle remettrait en cause à terme l’équilibre des relations sociales et le pluralisme réel.
La CFTC entend participer au renforcement et à la cohésion dans l’action du syndicalisme d’inspiration chrétienne en Europe, dans le respect des engagements pris par la CMT et ses membres au sein de la CES.
Le développement de l’action syndicale au niveau européen et dans les groupes multinationaux appelle une coopération active avec nos partenaires européens, fédéraux et interprofessionnels d’actifs et de retraités.
La CFTC développe son action internationale au sein de la CMT, pour faire émerger un mouvement international de construction sociale, à l’écoute des plus pauvres. Elle affirme la nécessité de créer une solidarité effective entre les travailleurs des pays riches et ceux des pays pauvres, en particulier en faisant émerger des pratiques industrielles et commerciales respectueuses des intérêts de chacun.
Les organisations syndicales membres de la CMT, centrale syndicale libre et spiritualiste, peuvent réaliser la synthèse de la justice sociale et du réalisme économique, de la tradition et du mouvement, en étant force de résistance et de proposition, face à la pensée économiste dominante.
Le pluralisme syndical mondial est indispensable à un développement économique et géopolitique harmonieux. Le défendre, c’est mener un combat essentiel pour les droits de l’homme, a fortiori dans les pays n’ayant pas encore assuré leur démocratisation.
Ce pluralisme exprime et rend possible l’indépendance par rapport à tous les pouvoirs. Il contribue au développement d’un syndicalisme authentique. Le dialogue social entre partenaires sociaux et avec les pouvoirs publics est un objectif stratégique de la CMT, qui nécessite de structurer les organisations de travailleurs et de les former dans le cadre du renforcement de la société civile et de l’Etat de droit.
Il est particulièrement important que des coopérations se développent en Europe entre les organisations affiliées à la CMT, au-delà de la participation loyale, pleine et entière aux instances de concertation et de décision de la CES. La CFTC s’y engage, notamment par les travaux et les relations établies au sein de sa section européenne, qui doit assumer toutes ses responsabilités, pour le développement en Europe du syndicalisme d’inspiration chrétienne. La déclaration d’Helsinki sur la coopération intersyndicale transfrontalière doit particulièrement s’appliquer au sein de la CMT.
La coopération et les échanges bilatéraux sont également très importants, en particulier pour la coopération transfrontalière, dans le cadre de jumelages ou de la fondation de solidarité internationale.
A la CFTC, une idée, c’est une action. La CFTC lie dans son action l’exigence revendicative et la volonté de négocier, dans le respect des personnes. Elle pratique un syndicalisme de construction sociale, fondé sur la subsidiarité, c’est-à-dire la liberté, la responsabilité et la solidarité.
Elle est la confédération de la négociation d’abord, de la médiation s’il le faut et de la grève en dernier ressort.
Parce qu’elle respecte la dignité de l’homme, la CFTC va au bout du dialogue, de la négociation, de l’action.
La CFTC est convaincue que la paix sociale est la meilleure chance de la prospérité pour tous. Toutefois, pour négocier il faut que les parties aient la volonté de s’accorder et le désir d’aboutir.
Lorsqu’un interlocuteur se refuse à la discussion ou fait des concessions insuffisantes pour permettre un contrat équitable, le droit de grève est légitime et doit être strictement respecté pour les travailleurs.
La grève est l’ultime forme d’action, lorsque les autres moyens ont été épuisés. Elle doit être proportionnée à l’enjeu, dans ses modalités et ses effets, dans le respect des personnes et de l’outil de travail.
C’est pour cette raison que la CFTC propose la négociation d’un contrat de paix et de progrès social, pour l’application des accords collectifs et la médiation des conflits collectifs. Par ce contrat, chaque partie signataire s’engage à rechercher d’abord des solutions non conflictuelles ou à déclencher une procédure de prévenance, dite d’alarme, qui permet d’anticiper sur le conflit. Les militants CFTC agissent sur les bases d’une charte de la négociation et du paritarisme.
Un rapide regard sur notre histoire permet d’apprécier la profondeur du sillon que notre syndicalisme d’inspiration chrétienne conti-nue de tracer depuis plus d’un siècle, pour construire la paix, la justice et le développement social, en France et en Europe. Cela montre qu’une action continue et tenace finit toujours par entrer dans la voie des réalisations.
En 1919, dès sa naissance, la CFTC porte le projet européen, le dialogue social et la participation. 1940 la voit engagée dans la lutte pour la liberté.
La politique contractuelle voulue par la CFTC, longtemps contestée par d’autres organisations, a structuré en profondeur l’organisation sociale, permettant les conquêtes de l’action syndicale, que tout le monde s’accorde à défendre aujourd’hui. Les 35 heures montrent que la négociation sociale doit se porter au cœur de l’organisation du travail.
La protection sociale est une de ses plus grandes conquêtes. La généralisation des retraites et de l’assurance maladie complémentaires se situe aussi dans la droite ligne du renforcement des protections sociales.
Les propositions de la CFTC visant à un " salaire de disponibilité " pour les chômeurs, utopiques à certains en 1965, ont pourtant permis, grâce à l’UNEDIC, de traverser la mutation économique dans des conditions non comparables à celles de la crise des années trente, par l’indemnisation et maintenant l’action offensive contre le chômage.
Les précurseurs de la défense des plus défavorisés sont parmi les auteurs de nos premiers projets de salaire minimum légal, tandis que les premiers syndicats féminins de la CFTC engageaient la lutte pour l’égalité des droits des travailleuses.
Au-delà de la défense du droit de grève, la CFTC a beaucoup fait pour que tous les travailleurs disposent de moyens effectifs de recours contre l’arbitraire, avec la médiation, le conseiller du salarié et le renforcement de la défense prud’homale, et maintenant les procédures négociées d’alerte sociale qui vont permettre de régler les conflits sociaux sans porter préjudice au public et aux travailleurs.
L’extension considérable de la formation permanente et le développement des coopérations entre l’école et l’entreprise portent également l’empreinte de la CFTC. La reconnaissance des droits des salariés comme acteurs de la vie de leur entreprise, posant le problème de la réforme de l’entreprise, a permis de créer un droit à la participation qui ne demande qu’à être développé et modernisé.
La démocratie sociale repose sur l’adhésion en grand nombre des travailleurs aux organisations syndicales. Elle ne peut fonctionner que dans la stricte distinction des responsabilités par rapport à l’action politique. Il est donc indispensable de respecter la liberté d’opinion des adhérents et de s’abstenir de les engager dans des options ou des actions politiques dans lesquelles ils ne reconnaîtraient plus le sens de leur adhésion. C’est dans cet esprit que la CFTC affirme sa stricte indépendance par rapport à tout groupement extérieur, politique ou religieux par exemple.
L’appartenance à la CFTC est cependant incompatible, parce que fondamentalement contraire à ses principes, avec l’adhésion ou la manifestation ouverte de sympathie à des formations politiques qui militent en faveur de l’instauration de systèmes totalitaires ou xénophobes, ou qui y coopèrent.
Cette indépendance est une des grandes forces de la CFTC. Elle correspond à une des principales attentes des salariés à l’égard du syndicalisme. Elle ne signifie pas isolement mais clarté des responsabilités.
La culture CFTC s’exprime par une forte exigence de justice, la stricte indépendance, et l’acharnement à construire par la négociation.
L’avenir de la CFTC passe par le renforcement de son implantation, mais aussi par l’affirmation de son identité. Loin d’être un obstacle à l’adhésion, cette référence est un gage d’ouverture et de respect des convictions de chaque adhérent.
L’article premier des statuts confédéraux fixe notre mission à travers le rassemblement de tous ceux qui veulent agir ensemble dans la vie économique et sociale, par l’action syndicale, en se réclamant et en s’inspirant des principes de la morale sociale chrétienne.
Ces principes d’action sont la raison d’être et la chance de la CFTC pour son avenir. Ils sont notre fierté. Universels, ils sont donnés à tout homme et femme de bonne volonté. C’est pourquoi la CFTC rassemble toutes personnes qui acceptent de fonder leur action syndicale sur ces principes.
DIGNITE
Les valeurs sociales chrétiennes affirment la dignité de chaque personne humaine et la suprématie de l’homme par rapport aux systèmes. Cette dignité résulte du caractère transcendant de la nature et de la destinée de l’homme.
C’est là que se fonde notre liberté, notre responsabilité, notre fraternité et que repose l’égalité de tous les êtres humains, quelle que soit leur race, leur culture ou leur condition sociale. Dans chaque homme, quel qu’il soit, réside toute la dignité de l’Homme.
Nos valeurs sont donc aux antipodes de toutes les formes de discriminations, de sectarisme ou de repli identitaire. Elles sont aussi éducation à la responsabilité.
DROITS ET DEVOIRS
De là découlent pour chaque personne des droits imprescriptibles auxquels nul ne peut porter atteinte : droit à la vie, à l’intégrité physique, à la propriété des biens nécessaires à son indépendance, à la culture et à l’éducation, au travail et à la promotion professionnelle, à la participation et à l’organisation de la vie sociale et politique.
Chaque droit appelle un devoir. D’une certaine manière, les devoirs justifient l’exercice des droits. Ainsi, les salariés doivent s’engager dans la vie syndicale et sociale.
VERITE, LIBERTE, DEMOCRATIE
La vérité est une condition indispensable à l’exercice de la responsabilité personnelle et sociale, de même que la liberté, dans les domaines politique, économique et social, liberté d’opinion, d’enseignement, de presse, de réunion, d’association et en particulier la liberté syndicale. Aucun progrès matériel ne saurait être payé par la perte de ces droits fondamentaux.
La démocratie a besoin que chacun exerce sa liberté dans un esprit de responsabilité.
Le droit à adhérer librement au syndicat de son choix doit être reconnu à tous les niveaux de l’entreprise, de la profession, de la localité, de la région, au plan national et international.
DESTINATION UNIVERSELLE DES BIENS
La liberté d’entreprendre peut se heurter aux intérêts collectifs de la société. La propriété individuelle doit être utilisée conformément à la " destination universelle des biens ". Le profit doit être remis à sa place, celle d’un indicateur précieux de la marche de l’entreprise.
JUSTICE ET SOLIDARITE
La justice, indépendante du nombre et de la force, ne dépend de la volonté de quiconque. Elle impose, tant aux syndicats qu’aux pouvoirs publics, de respecter le bien commun et de protéger les faibles et les plus démunis.
Le juste salaire n’est pas le prix momentané du marché mais la juste rémunération permettant à la personne de vivre de son travail. La vraie notion de justice sociale doit dépasser le jeu des rapports de force pour devenir l’expression de la solidarité.
LES FAMILLES
Les familles constituent un repère essentiel de notre société. Elles en sont les cellules de base. La cellule familiale est l’école fondamentale de l’apprentissage des relations humaines dans tous les domaines, y compris celui de la gratuité et de l’amour, qui sont la meilleure réponse à la montée du matérialisme et des égoïsmes. L’action de la CFTC vise à permettre aux parents d’accueillir la vie et d’assumer leurs responsabilités.
Deux aspects des principes sociaux chrétiens ont une importance toute particulière en ce début des années 2000 : la valeur du travail et le principe de subsidiarité.
Le dernier quart du XXème siècle nous a rappelé que le droit au travail n’était pas un droit solidement garanti.
Le travail doit permettre aux personnes d’assurer par elles-mêmes les besoins de leur existence, de réaliser leurs potentialités et le besoin de construire. Il enrichit la vie et les relations sociales dans la mesure où il exprime une dynamique de responsabilité et de participation. Dans cet esprit, on peut parler de valeur humanisante du travail.
Cette place accordée au travail humain renvoie à l’idée d’une humanité responsable de son destin et non pas soumise à une quelconque main invisible.
La première valeur du travail, c’est l’homme lui-même, qui est souvent devenu, par sa compétence, la principale richesse de l’entreprise. La durée du travail a considérablement diminué par rapport à la durée de la vie et l’utilité sociale d’une personne ne saurait se limiter au travail professionnel. C’est toute l’activité humaine qu’il faut considérer dans l’interdépendance de ses différents aspects : travail professionnel, travail familial et éducatif, travail associatif et culturel, travail sur l’environnement, etc.
L’action de la CFTC s’est traditionnellement attachée à la mise en place d’une organisation subsidiaire de la société, permettant le plein exercice des responsabilités de chaque personne, des familles et de chaque communauté de travail. Ce n’est pas autre chose que mettre en œuvre les trois concepts essentiels de liberté, de responsabilité et de solidarité.
La définition classique de la subsidiarité accorde une place centrale aux corps intermédiaires. Mais, pour la CFTC, la subsidiarité doit être poussée au bout de sa logique, c’est à dire accorder la plus grande part de responsabilité directement aux personnes et ne pas s’arrêter à un simple jeu d’institutions.
Les entreprises doivent tendre vers la constitution de communautés solidaires et ne sauraient être extraites de leur environnement économique et social.
Selon le principe de subsidiarité, les personnes et les familles doivent s’associer autant que nécessaire entre elles pour exercer ensemble les responsabilités qu’elles ne peuvent assumer seules, et ce dans les domaines les plus variés (éducation, logement, travail, protection sociale, vie culturelle, vie civique, etc.). Ainsi se construisent, entre l’individu et l’Etat un ensemble de corps intermédiaires entre lesquels la responsabilité s’exerce en priorité au plus proche possible des personnes. La négociation, le paritarisme, le partenariat social reposent sur ce principe.
L’Etat a des responsabilités essentielles dans l’économie moderne pour garantir la justice et le dynamisme de la société civile avec le souci prioritaire de sauvegarder les droits et les intérêts des catégories les plus défavorisées, et de veiller à la protection de l’environnement.
Face à l’individualisme et aux effets de masse, la subsidiarité est une des conditions essentielles du développement harmonieux des personnes et de la société.
Les valeurs sociales chrétiennes engagent à l’action. Elles font de la CFTC le syndicat de la valeur humaine ajoutée.
Ces valeurs de vérité, de liberté et de démocratie, la CFTC a contribué à les implanter dans notre pays, par son action affirmant ainsi notre identité. Les principes sociaux chrétiens n’apportent pas des solutions toutes faites. Ils éclairent nos interrogations et le sens de la vie. Ils donnent des règles d’action et des critères de jugement pour notre décision libre, afin de faire progresser ensemble développement humain et économique.
Chaque époque approfondit ces valeurs à sa manière. Aujourd’hui les questions du travail, de la solidarité responsable, du développement durable, du bien commun de la planète Terre, prennent par exemple de l’ampleur.
Notre " signature ", " La Vie à Défendre " affirme une vision d’ensemble de la vie du travail, au service de tous les aspects de la vie, dans une optique de paix sociale. Face au relativisme et au cynisme qui incitent à la passivité ou à la débrouille, la CFTC se veut porteuse d’une espérance.
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