Crhonique de J. THOUVENEL du 08 juin 2010 sur Radio Notre Dame (100.7)
18-06-2010
Lire la chronique, c'est bien ! L'écouter, c'est encore mieux !
Et si l’on parlait retraite ?
Commençons par la mobilisation du 27 mai.
Comme d’habitude, pour les uns ce fut une réussite, 1 million de manifestant sur l’ensemble du territoire. Pour les autres, un échec, seulement 380 000 marcheurs selon le Ministère de l’Intérieur.
Poursuivons par les déclarations des uns :
« Nous sommes le seul pays en Europe à connaître un âge légal aussi bas ».
Ou d’autres :
« La moitié des gens qui partent à la retraite partent sous le seuil de pauvreté ».
Et maintenant, regardons la réalité.
La manif intersyndicale du 27 mai a vu une mobilisation très moyenne, loin du million claironné par quelques responsables syndicaux mais supérieure comme d’habitude aux soustractions officielles de la place Beauvau.
Sommes-nous le seul pays en Europe à connaître un âge légal aussi bas pour le départ en retraite comme l’affirmait Xavier Bertrand, Secrétaire Général de l’UMP, dans les colonnes du Parisien ?
Sauf à considérer que les femmes en entreprises ne travaillent pas, c’est inexact. En Autriche, Grèce, Italie, Lituanie, Malte, Pologne, Royaume-Uni par exemple, l’âge de départ en retraite est de 60 ans pour les femmes.
La moitiés de nos nouveaux retraités sont-ils sous le seuil de pauvreté comme l’affirme le leader Maximo du parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon ?
Le seuil de pauvreté en France est de 910 euros. La retraite moyenne des Français est de 1288 euros. Le calcul de la pauvreté intégrant les revenus annexes comme ceux du patrimoine, nous sommes bien heureusement loin des affirmations du camarade Mélenchon.
D’après Libération, le taux de pauvreté des personnes âgées est de 10 % dans notre pays, après avoir considérablement diminué ces dernières décennies (il atteignait 30 % dans les années 70).
Le taux de pauvreté des plus de 65 ans est aujourd’hui inférieur à celui des moins de 65 ans, c'est-à-dire de la population dite active.
Nous sommes bien loin de « la vérité qui doit être cherchée, découverte et exprimée dans l’économie » comme le soulignait Benoît XVI dès l’introduction de l’encyclique CARITAS IN VERITATE.
Comment le simple citoyen abreuvé de tant de contrevérités, d’affirmations partielles, de déclarations péremptoires et inexactes, peut-il se faire une juste opinion ?
Comment peut-il appréhender un problème complexe qui touche à l’économie comme au social, quand des experts, brevetés dans nos meilleures universités, adoubés par les rédactions les plus sérieuses, peuvent d’une phrase semer la confusion la plus complète ?
Il y a là un exercice véritablement antidémocratique. Il ne suffit pas de battre les estrades, s’épancher dans les journaux, bavasser dans les radios, faire le beau sur les plateaux télés en portant en sautoir les valeurs républicaines.
Il faut avant tout pratiquer le devoir de vérité dont parlait Jean-Paul II.
A l’époque, des sondages bidonnés, des officines de manipulation de l’opinion, de la télévision trop souvent destructrice (comment qualifier autrement ces émissions qui magnifient celui ou celle qui à force de manœuvres, de manipulations, de trahisons élimine les autres).Ces autres rejetés dans les ténèbres extérieurs car moins intriguant, plus faibles ou tout simplement respectueux d’une parole donnée.
Oui, le débat sur les retraites aussi complexe soit-il, est bien éclairant sur notre société de l’affichage, du faux-semblant et de la peur de la vérité.