Chronique de Joseph THOUVENEL du 25 mai 2010 sur Radio Notre Dame (100.7)
28-05-2010
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Marie-Louise, la féministe méconnue.
Aujourd’hui, nous allons parler d’une féministe, une vraie, une qui s’est confronté à la réalité sociale du XIXème siècle finissant, qui, comme l’écrivait un journaliste de la Croix de Lyon en 1936, avait de l’audace, le génie organisateur, la générosité, l’abnégation.
Une qui écrira « de seize à trente-huit ans, j’ai eu le grand honneur de travailler pour vivre », et qui ajoutera « de bonne heure, je fus frappée de deux faits : d’une part la situation difficile, isolée, pour ne pas dire abandonnée de la femme obligée de travailler pour vivre, et d’autre part, le nombre de plus en plus grandissant de femmes demandant à l’industrie ou au commerce le pain quotidien ».
A la différence de nombre de papesses du féminisme contemporain, grandes bourgeoises dont la lutte acharnée pour la cause des femmes a comme terrain privilégié d’action, les maisons d’édition, les plateaux de télévision et les débats au café de Flore, - pour ce qui est du monde du travail, elles en ont tout appris sur les bancs de la faculté et à l’occasion de leurs rapports parfois conflictuels avec leurs personnels de maison – Marie-Louise ROCHEBILLARD, notre héroïne méconnue s’est, elle, lancée dans l’action de terrain en créant dès 1899 à Lyon, les premiers syndicats féminin.
La tâche ne fut pas facile.
Elle écrivit dans un rapport syndical de 1901 « Il fallait grouper autour de nous des sympathies, nous tenions à l’estime des honnêtes gens. Ce fut rude, le mot syndicat n’étant compris que du petit nombre et non reconnu, paraît-il, tout à fait anormal dans l’application, pour de simples femmes, si ce n’est toutefois pour certaines aux « cerveaux brûlés ». Et à Lyon, plus que partout ailleurs, on redoute les cerveaux qui flambent.
C’est, inspirée dira-t-elle par l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, qu’elle mena son combat en créant le syndicat des dames employées du commerce, dont elle prit la présidence. Elle mit immédiatement en place des formations pour les adhérentes, jugeant que l’accès à l’instruction était un élément majeur pour les ouvrières.
Le soir, le syndicat donnait des cours d’écriture, de calcul, de grammaire, de comptabilité, de sténographie, de dactylographie, d’anglais, d’allemand, de bourse mais aussi d’histoire, de chant ou de solfège.
Marie-Louise lance une revue syndicale « le travail de la femme et de la jeune fille ».
Dès le premier numéro, elle commence son éditorial par « l’heure de la femme a sonné » à une époque où ce n’était point de mode et ce, quelques 63 ans avant Aragon et son fameux la femme est l’avenir de l’homme.
Mme BUTILLARD qui fonda à Paris en 1911, l’école normale sociale pour la formation syndicale d’inspiration chrétienne des jeunes travailleurs, témoigne : « Marie-Louise ROCHEBILLARD détaillait les conditions sociales vraiment inhumaines, écho de l’encyclique Rerum Novarum sur « la misère imméritée des travailleurs », elle faisait entendre la grande plainte humaine en montrant que la révolution, geste de désespoir, ne remédierait sérieusement à rien. Elle faisait appel à l’action sociale. Elle montrait la nécessité du syndicalisme chrétien, des mutualités, de l’enseignement professionnel appuyé sur une culturegénérale, des lois de prévoyance, d’une législation sociale, d’efforts contre les fléaux sociaux, d’une collaboration et d’une éducation ouvrière. »
Merci Marie-Louise, femme engagée qui sut tout à la fois critiquer et proposer, constater et bâtir et qui, aujourd’hui, n’appartient pas au Panthéon officiel de celles qui ont fait évoluer la condition féminine.
Portant à jamais la tâche indélébile aux yeux de ceux qui nous réécrivent, d’avoir été une catholique inébranlable dans ses convictions.