Chronique de J. THOUVENEL sur Radio Notre Dame du 8.12.2009 (100.7) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
17-12-2009

 

 

Lire la chronique, c'est bien ! L'écouter, c'est encore mieux !

 

Des maisons closes en général et de l'être humain en particulier.

 

 

Bonjour !

 

Aujourd’hui, afin de mieux me faire comprendre, je vais demander votre participation. Du moins, je vais vous demander de faire un effort d’imagination pour vous mettre en situation.

 

D’abord, vous retirez vos vêtements.

 

Oui, oui, vous avez bien entendu, vous vous déshabillez.

 

Je sais, c’est un peu gênant, votre corps fait partie de votre intimité, il ne se dévoile pas comme ça. Mais vous n’avez pas le choix, à l’extrême, vous restez en sous-vêtements.

 

Maintenant, vous vous installez derrière votre fenêtre, rideaux ouverts, au vu de tous.

 

Si la porte de chez vous s’ouvre et qu’un inconnu à l’hygiène indéterminée entre et jette une poignée de billets dans un coin, vous n’avez toujours pas le choix !

 

En fonction du prix, vous devez vous plier aux caprices de cet étranger. Il pourra toucher votre corps, le manipuler à sa guise.

 

Sous son regard, entre ses mains, vous êtes un objet, une chose qui doit subir la volonté d’un autre parce qu’il a payé.

 

Et quand c’est terminé, ça recommence avec un autre et encore un autre, et un autre, et un autre. Vous vous dégoûtez, vous vous sentez rabaissé, Sali, déshumanisé et, jour après jour, cela continue.

Ce que je viens de vous décrire, ce que je vous ai demandé de vivre d’une façon toute intellectuelle et simplement intellectuelle, c’est ce que subissent les femmes et parfois les hommes dont le corps hante les maisons closes.

 

Alors quand j’entends quelques bonnes âmes, proposer de rétablir les bordels dans notre pays, je suis révolté !

 

Bien sur, cela est proposé pour la bonne cause, un cheptel enfermé, c’est mieux pour la santé publique, on peut la vacciner, vérifier l’état des dents et du poil, et s’il présente un risque épidémiologique, l’éliminer du troupeau.

 

Et puis, une prostitution bien organisée, ça évitera peut-être de croiser dans quelques rues, sur quelques places, à l’orée de quelques bois, ces femmes ou ces hommes dont l’image est bien gênante, bien dérangeante.

 

Si je suis avec des enfants, il faut répondre à leurs questions. Expliquer. Expliquer quoi ?

 

Que certains :

-          parce qu’ils vivent dans la misère physique ou morale

-          parce qu’ils sont accrocs de quelques drogues

-          parce que leur vie est marquée par la violence, l’absence d’amour, en arrivent à vendre leurs corps à d’autres.

-          Qu’il existe des réseaux nationaux et internationaux de traite des êtres humains et que ces réseaux sévissent aussi dans notre pays.

-          Que le soir, à Paris, la Capitale autoproclamée des Droits de l’Homme, Place de la Nation, des femmes dont certaines sont enceintes, font les cent pas qu’il pleuve ou qu’il gèle, attendant d’être ramassées par une voiture en maraude avant d’être recrachées plus tard. Qu’elles remettent immédiatement l’argent récolté à une petite gouape qui en retrait les surveille en permanence et les cogne si elles ne ramènent pas assez.

-          Que dans la nuit, si elles ont déposé suffisamment de picaillons au pied de leur maître, un dealer leur livre leur dose de dope.

 

Qu’en 10 ans d’accueil de rue, ce sont ces femmes que j’ai vu le plus souffrir de la faim. Car si la drogue détruit, elle ne nourrit pas.

 

Robert André Vivien, à l’époque député Maire de St Mandé, avait lors d’un débat télévisé, posez la question suivante : « Souhaitez-vous que vos enfants, vos filles si vous en avez, se prostituent un jour ? Moi, non ! » Ajoutait-il, « et ce que je ne souhaite pas pour les miens, je ne le veut pas pour les autres. »

 

Oui, au XXIème siècle, l’esclavage existe au pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, mais en aucun cas cela ne justifie les maisons closes. On ne transige pas avec l’esclavage, on l’éradique. On ne négocie pas la longueur des chaînes on les brise.

 

A mardi prochain !





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