chronique de J. THOUVENEL sur Radio Notre Dame du 22.12.09 - fr 100.7
05-01-2010
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Bonjour !
Edouard Chondu-Duval est un homme tout à fait respectable. Fils d’un expert comptable et de la caissière du Grand Café, il reçut du premier, le sens des chiffres et de la seconde, la vigilance nécessaire pour que ceux-ci se transforment en bénéfice.
Après des études réussies à force de persévérance et de cours particuliers, Monsieur Chondu-Duval rentra dans l’assurance, grâce à une relation de papa. Poursuivit sa carrière dans la banque, grâce à une fusion acquisition, et se trouva à la tête du cabinet d’expertise comptable paternel par la grâce. Selon une version dite officielle, d’une fulgurante crise d’apoplexie qui terrassa le malheureux géniteur à l’issue d’une longue et dure journée de labeur,. Ou, d’après une version moins officielle, d’un coma éthylique dont il ne revint pas.
Précis, organisé, rigoureux, dur avec les faibles, souple avec les puissants, Edouard fit merveille et en quelques années, sa société devint une référence sur la place financière de Paris et même au-delà.
Lui-même, décrit très bien ce qu’il est dans le discours qu’il fit à l’occasion de son élévation au grade de chevalier dans l’ordre national du mérite.
« Fils d’un professionnelle de grande qualité et d’une ancienne chef d’entreprise... » Oui, au fur et à mesure des ans et de la disparition de ceux qui l’avaient connu, la biographie de Mme mère avait sensiblement évoluée. La caissière du Grand Café s’était transformée en ancienne chef d’entreprise.
Péché véniel qui s’explique aisément par des raisons professionnelles. Le gotha aurait sans doute eu moins de facilité à confier ses secrets financiers au fils d’une bistrotière qu’au descendant d’une entrepreneuse.
« Fils d’un professionnel de grande qualité et d’une ancienne chef d’entreprise, j’ai hérité de mon père, non seulement de son cabinet d’expertise comptable, mais aussi de la compréhension quasi innée du retour sur investissement, de la marge brute et du cash flow.
Ma mère, elle, m’a tout appris sur l’art de l’optimisation fiscale ».
Pour les non initiés, comprendre : comment éviter l’impôt sans se faire pincer par le fisc.
« Ne croyez pas, mes amis, que je ne sois qu’un homme d’argent. Je suis également un homme de mon temps ».
En effet, Edouard est un vrai libéral :
-Economiquement, il estime que les affaires doivent se faire librement. Sans code, sans règlement, sans prélèvement sociaux, sans syndicats. La seule loi devant être celle du marché.
-Idéologiquement, il pense que chacun peut faire ce qui lui plaît, fumer un joint ou deux ou trois, fréquenter les maisons closes ou pousser le caddy le dimanche au supermarché.
S’il y a une demande, il doit y avoir une offre et réciproquement.
En ce 22 décembre, Edouard est énervé, très énervé même ! Clefs et portable sont restés dans sa BMW dont il a verrouillé les portes par inadvertance. Le soir où il doit recevoir le prix du gestionnaire européen de l’année au Fouquet’s !
Pas de taxi en vue, une rue vide. Tout juste un rai de lumière qui filtre à travers des vitraux. Une église.
« Ils doivent bien avoir le téléphone là dedans ! » maugréé-t-il.
Il entre et est saisit par une voix. Une voix claire, qui raisonne sous les voûtes et vous emplie le cœur et l’âme. Elle n’a sans doute pas la perfection professionnelle de celles dont il se régale à l’opéra, mais elle a une joie, une pureté qui vous saisit, vous transporte, vous élève. Oui, c’est ça, qui vous élève.
Depuis combien de temps Edouard est-il derrière ce pilier ? Il ne sait. Pour une fois il ne compte pas.
Il est juste là, immobile, cloué sur place, se répétant : qu’ai-je fait de mes talents ?
Au-dessus de lui, un ange de pierre semble murmurer : « Ne t’en fait pas Edouard, tu viens de les retrouver. Fais les fructifier maintenant ».